Trois siècles après sa création, la maison Champy, la plus ancienne maison de Bourgogne, perpétue son savoir-faire d’excellence sur les terroirs de la côte de Beaune.
Depuis l’oratoire de Notre-Dame de Bonne Espérance, le regard embrasse vers le sud un paysage d’une grande harmonie. À gauche, la colline de Corton déploie ses parcelles en pentes douces jusqu’au village de Pernand-Vergelesses. Là, les vignes composent une mosaïque de nuances et de reliefs qui se prolonge jusqu’à Beaune, dessinée à l’horizon. Avec à peine une centaine d’hectares, le vignoble de Pernand-Vergelesses, au nord de Beaune, fait partie de ces trésors discrets de Bourgogne. Et ici, depuis près de trois siècles, un nom s’inscrit dans le paysage et dans l’histoire du vin : celui de la maison Champy.

Née en 1720, la maison Champy peut se prévaloir d’avoir contribué à façonner une certaine manière de faire le vin en Bourgogne. À l’origine de cette aventure, l’audace d’Edme Champy, jeune tonnelier qui, au début du XVIIIe siècle, allait donner naissance à une pratique appelée à transformer durablement l’économie viticole de Beaune : le négoce. « L’idée, en apparence toute simple, tient presque de l’anecdote. Héritier de l’affaire familiale, Edme imagine de vendre ses tonneaux non plus vides, comme cela s’était toujours fait, mais remplis de vin. Il se tourne alors vers les vignerons des côtes de Beaune, auprès desquels il achète les vins destinés à prendre place dans ses fûts. Sans le savoir encore, il vient d’esquisser les fondations d’une maison appelée à traverser trois siècles d’histoire bourguignonne », raconte Jean-Baptiste Mouton, directeur général de la maison depuis 2023. Rapidement, Champy s’impose parmi les noms qui comptent dans la filière viticole française, jusqu’à représenter la Bourgogne lors des Expositions universelles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Une histoire d’excellence qui se prolonge aujourd’hui avec l’obtention du label Entreprise du Patrimoine Vivant – EPV –, distinction française qui récompense les maisons dépositaires d’un savoir-faire d’exception.

Trois siècles après sa fondation, forte de cette expérience et d’une connaissance intime des terroirs, la maison Champy demeure fidèle à cette philosophie. Toujours installée dans son siège historique, au cœur de Beaune, la maison travaille aujourd’hui depuis un ensemble remarquable, qui abrite des monuments classés ainsi qu’une verrière Eiffel. Son expertise se concentre désormais sur la Côte de Beaune. Avec 21 hectares en propriété cultivés en bio, auxquels s’ajoute une activité de négoce, principalement à Pernand-Vergelesses et à Corton, elle revendique une approche artisanale, où chaque cuvée fait l’objet d’un travail d’orfèvre. La maison élabore ainsi 25 à 30 cuvées, produites en fonction des millésimes entre 1 000 et 3 000 bouteilles. « Ce choix de concentrer nos efforts sur un même terroir nous permet d’être légitimes sur tous nos crus », indique Jean-Baptiste Mouton.

Pour la plupart, ses vins sont issus de terroirs demeurés dans l’ombre des appellations les plus prestigieuses. Des terres et des noms moins connus, mais dont la qualité n’a rien à leur envier. « Certains noms sont plus exposés, concède Jean-Baptiste Mouton. Mais nos terroirs n’en sont pas moins de très haut niveau de qualité et promis à un bel avenir. » Parmi ses vins, le premier cru « Île des Vergelesses », à Pernand-Vergelesses, constitue une remarquable porte d’entrée, aussi bien pour le connaisseur que pour l’amateur curieux de découvrir la Bourgogne. Le millésime 2020, très abouti et déjà bien en place, séduit par sa concentration, conséquence d’un été marqué par le manque d’eau. Sa robe profonde annonce un fruit intense, porté par de beaux tanins. Élégant et racé, le vin déploie une fraîcheur remarquable, avec cette délicatesse propre aux grands vins : tout est là, suggéré plutôt qu’imposé. Un grand vin qui, pour autant, conserve une accessibilité devenue rare à l’échelle de la Bourgogne.

De son côté, le grand cru Corton « Le Rognet », dont le millésime 2020 n’a été produit qu’à 1 500 bouteilles, révèle une autre facette de la maison. Plus complexe, plus dense, il s’appuie sur une structure tannique affirmée, sans jamais perdre son soyeux. Les pinots noirs prennent racine dans une parcelle en amphithéâtre, perchée à 330 mètres d’altitude sur la montagne de Corton. De cette parcelle naît un vin ample et puissant, à la fois profond et parfaitement tenu, dont la longueur et la fraîcheur signent les grands terroirs de la montagne de Corton. Celle sur laquelle la maison Champy a bâti son savoir-faire et dont elle continue à faire rayonner la noblesse incomparable.