L’arrivée en 2017 de Jean Esprit, cinquième génération à sa tête, a marqué la transformation du domaine familial qui élabore désormais de remarquables Crozes-Hermitage en son nom.
Dans les quelque vingt hectares du domaine Jean Esprit, principalement nichés en appellation Crozes-Hermitage, les oiseaux ont retrouvé leur place. Depuis plusieurs années, les volatiles reviennent peupler les vignes et les lisières, attirés par les nichoirs disséminés sur la propriété. Jean Esprit, trentenaire dynamique et passionné, veille sur cette présence avec une attention presque affective. Ici, la biodiversité n’est ni un argument ni une posture : elle relève de l’évidence. Une nécessité agronomique autant qu’une conviction intime pour celui qui a entrepris de faire rayonner le potentiel du domaine fondé par son arrière arrière-grand-père en 1909.

Depuis son retour au domaine familial en 2017, Jean Esprit s’attache ainsi à redonner au paysage sa richesse originelle. Des mares ont été creusées et plusieurs kilomètres de haies replantés afin de favoriser le retour des équilibres naturels. Car au domaine, tout commence par le sol. Un sol vivant, nourri par une faune et une flore diversifiées, donne naissance à des raisins plus justes, plus profonds, plus expressifs.

Lorsqu’il reprend les rênes de l’exploitation, Jean Esprit nourrit une ambition claire : prolonger l’histoire familiale en ouvrant un nouveau chapitre consacré à la vinification. Jusqu’alors, le domaine vivait au rythme de la polyculture, entre vignes et fruits d’été. Restait à accomplir ce qui semblait presque une évidence : élaborer ses propres vins et révéler pleinement le potentiel du terroir. Très vite, les investissements suivent cette vision. Un chai gravitationnel voit le jour, accompagné d’une cave d’élevage pensée avec précision. Dès 2018, un premier millésime prometteur est dévoilé : « Le Zouave », hommage au fondateur du domaine, ancien zouave dont la mémoire continue de traverser les générations.

Près de dix ans plus tard, le domaine Jean Esprit a changé d’échelle sans rien perdre de son exigence. La gamme s’est étoffée autour de cuvées essentiellement issues de Crozes-Hermitage, avec, en figure de proue, « Le Zouave ». Cette syrah parcellaire, issue de vignes âgées de 80 à 100 ans enracinées dans des terrasses argilo-calcaires couvertes de galets roulés du Rhône, au sud de l’appellation, s’impose aujourd’hui comme l’un des vins signatures du domaine. Pensé pour la gastronomie et doté d’un remarquable potentiel de garde, « Le Zouave » déploie une matière profonde et racée, portée par une grande complexité aromatique. Les épices y dialoguent avec les fruits noirs et une fraîcheur parfaitement préservée. Dense sans jamais céder à la lourdeur, structuré avec précision, il affirme avec élégance la noblesse des grandes syrahs septentrionales.

Née quelques années plus tard, la cuvée « Perles Noires » offre une lecture différente, plus immédiate mais tout aussi accomplie du terroir. Soyeuse et délicatement boisée, elle séduit par sa finesse, l’éclat de son fruit et cette gourmandise maîtrisée qui signe les vins de caractère.
Dans cette dynamique de développement maîtrisé, Jean Esprit ouvre également le domaine à de nouveaux horizons rhodaniens. Aux côtés du Cornas, déjà présent dans la gamme de façon plus confidentielle, le domaine prépare désormais l’arrivée de son tout premier Saint-Joseph. Sur une parcelle récemment acquise de 1,5 hectare, perchée à 350 mètres d’altitude, Jean Esprit ambitionne de donner naissance à un grand vin sur cette appellation prestigieuse. Le premier millésime, attendu pour 2027, suscite déjà une attention particulière tant le vigneron semble aborder cette nouvelle aventure avec l’exigence et la patience qui le guident depuis bientôt 10 ans.