Denny Imbroisi a repris en 2025, le restaurant Ischia, dans le quinzième arrondissement de Paris. Il y excelle !
Il y a des lieux que l’on reprend. Et puis il y a ceux que l’on adopte. Lorsque Cyril Lignac propose à Denny Imbroisi de reprendre Ischia, dans le quinzième arrondissement de Paris, le chef italien reconnaît immédiatement quelque chose qui lui est familier : une atmosphère, une sensibilité, une certaine idée de l’Italie. Le coup de cœur est immédiat. En janvier 2025, lorsqu’il ouvre un nouveau chapitre de l’histoire de la maison, Denny Imbroisi fait donc le choix de la continuité. Garder le nom d’Ischia, conserver l’esprit du lieu imaginé par le Studio KO, préserver cette architecture intérieure où l’élégance ne se revendique pas mais se ressent.

Dans cet écrin, tout semble évoquer la Méditerranée sans tomber dans la carte postale. Les teintes chaudes rappellent la lumière du Sud, les matières minérales ancrent le décor dans une simplicité sophistiquée, tandis que les textures brutes apportent une profondeur presque tactile à l’ensemble. La lumière se fait douce, les volumes respirent. Les tables, volontairement espacées, dessinent des alcôves discrètes ; la terrasse arborée prolonge cette sensation d’échappée belle, comme une maison insulaire secrètement installée dans ce quartier en renouveau.

La cuisine de Denny Imbroisi porte cette même sincérité. Elle ne cherche ni l’effet spectaculaire ni la démonstration technique, bien qu’elle bénéficie de la technique et génère l’effet. Elle avance avec assurance, guidée par la mémoire, par les gestes transmis par les plus grands et par une lecture très personnelle du patrimoine italien. Ici, la modernité ne vient pas masquer l’origine mais vient en révéler les nuances selon une vision gastronomique.

La carte, courte, suit cette philosophie et conserve une ligne claire : celle d’une cuisine italienne contemporaine où chaque ingrédient semble avoir été placé pour une raison précise. Les grands classiques apparaissent comme des souvenirs réinterprétés avec délicatesse, débarrassés du superflu, ramenés à leur expression la plus juste comme seuls les plus talentueux savent le faire. Le tartare de gambas au jus de concombre incarne cette approche. Une assiette dont l’équilibre révèle toute la maîtrise du chef. La douceur de la purée accompagne la chair délicate de la gambas ; les baies apportent leur éclat, le jus de concombre une fraîcheur presque cristalline. Rien ne domine, tout dialogue. Le carpaccio de bar au gingembre et au citron vert poursuit cette recherche d’harmonie, entre tension aromatique et finesse du produit. Puis viennent les ravioli de langoustine à la bisque émulsionnée, où la délicatesse de la pâte fraîche rencontre la profondeur marine d’une sauce travaillée avec précision.
Même philosophie du côté des douceurs. L’ultra-fondant au chocolat, praliné noisette et glace à la fleur de lait joue sur la mémoire des plaisirs d’enfance tout en conservant une élégance mature. La puissance du chocolat se tempère au contact de la fraîcheur lactée, la noisette apporte sa rondeur : un dessert qui cultive le réconfort sans céder à l’excès.

L’expérience se prolonge naturellement dans les verres. Sous la signature de Matthias Giroud, les cocktails prolongent le voyage méditerranéen imaginé par la cuisine : herbes fraîches, agrumes éclatants, notes végétales et épices délicates composent une palette aromatique inspirée des rivages italiens. Perles d’Ischia, associant champagne Laurent-Perrier, gin, basilic frais, agrumes et bergamote, en est une expression lumineuse : un cocktail qui possède la fraîcheur d’un jardin d’été et la précision d’une grande assiette ! La sélection des vins suit le même esprit : des références limitées mais choisies avec attention. Construite avec une sommelière attitrée, elle privilégie la curiosité et la découverte à travers des cuvées capables d’accompagner la cuisine sans la dominer. Le Trentangeli des Pouilles, proposé au verre, séduit notamment par son équilibre entre fraîcheur, profondeur et finesse tannique.